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Bobigny

Il y a longtemps que l’on connaît l’œuvre de Marie Hélia, et les spectateurs du Magic Cinéma se souviennent certainement de l’Usine rouge (1989, son premier documentaire, sur la grève des ouvrières de Douarnenez en 1925), des Filles de la sardine (2001, sur le travail des sardinières aujourd’hui) comme deux de ses courts-métrages de fiction (tout à fait réussis),  Monette (2000) et  Les Princesses de la piste (2004). Ainsi, Marie Hélia est une des rares cinéastes en Bretagne dont on attend avec curiosité si ce n'est avec impatience chaque nouvelle pièce d'une œuvre commencée  à la fin des années 80. 

Le Finistère, dans le domaine cinéphilique et patrimonial en tout cas, a de la chance. La cinémathèque de Bretagne est située à Brest et la ville accueille de plus le festival du court-métrage européen. Plus au sud, la populaire cité de Douarnenez accueille elle le Festival des minorités (qui va bientôt fêter ses trente ans), tandis que la ville-préfecture, Quimper, maintient une cinéphilie exigeante avec les studios du Chapeau rouge et l'association Gros Plan.

Si la Bretagne de la mer, des ports et de la pêche, a été beaucoup filmée (celle des terres beaucoup moins), une réalité et un rituel sont aujourd'hui nouvellement abordés : la Bretagne de "la piste". Le Magic Cinéma et la mission du Patrimoine ont déjà programmé de nombreux films sur la pêche, les îles et leurs métiers, de Goémons (1948) de Yannick Bellon à La Peau trouée (2004) de Julien Samani. Le film de Julien Samani témoigne ainsi que la source, à défaut de la ressource, ne s'est pas tarie. "Le film de pêche" est un genre documentaire qui a ses poncifs et classiques, ainsi que ses perles et curiosités.

Les Phares fascinent. Trop facilement : on accroche en effet à leurs rayons des clichés et des fantasmes communs. Comme souvent, alors qu'aujourd'hui on vide les phares de leurs hommes, qu ' on les éteint un à un, on les photographie, les encadre, les entoile… La Bretagne et la mer subissent d ' ailleurs un sort similaire.

 

La Bretagne est à la mode. A la mode des régions, des chapeaux ronds, des patrons catholiques bretons et aussi des thalassothérapies. Le cinéma, le documentaire comme  la fiction, lui, connaît une vague de fond : le retour du travail et du "social", de la parole ouvrière, de l'espoir et du désespoir  prolétaires.

Un jeune homme à la dérive, Ildutt, solitaire et extatique, quitte un temps son port d’attache (situé dans la rade deLorient) pour pêcher au large de l’Ecosse puis revient au pays, erre dans la rade et les couloirs d’un hôpital avant d’être attiré par une secte. Heureusement, il y a Christina, jeune femme indépendante, active et parfois malheureuse, qui, après le travail, part « en piste » (elle est bretonne) – entre fête et free party.

 

Du mazout qui débarque sur le littoral breton ou qui l'épargne de justesse, des chalutiers que l'on brûle, que l'on casse ou que l'on coule, des arsenaux menacés, une gestion drastique et  bureaucratique des quotas et des zones de pêches, des pêcheurs mis en pré-retraite, des ports délocalisés, le déjà maigre effectif des dockers qui fond un peu plus... le bilan paraît bien amer pour la Bretagne des ports et des mers, même si l'engouement pour les vieux gréements, les régates et le flux touristique apportent de précieux subsides (en plus de certains déséquilibres).

Incontestablement, Jean Epstein, cinéaste parisien né à Varsovie (1896-1953), est l’un des plus grands cinéastes français. C’est aussi l’un des artistes qui sut le mieux peindre la Bretagne, et c’est là que son talent pu s’épanouir pleinement. Après avoir été l’un des phares de l’avant-garde française, il opta en effet, en 1929, pour une rupture franche et solitaire, en quittant la capitale et les studios, pour la Bretagne, ses îles, et l’océan.

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