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C’ EST ARRIVÉ DANS LE LYCÉE !
[ INTOX OU INFO ?]
Projet pour un atelier de création audiovisuelle consacré à la manipulation des images et à la désinformation.
[ Lycée Eugène Hénaff à Bagnolet]
Jean-Claude Robert
intervenant - réalisateur
Valérie Bretel
professeure d'anglais
Avant-propos
Toute création audiovisuelle est constituée d’images et de sons organisés autour d’un ou plusieurs objectifs : créer une histoire à partir d’une situation réelle ou imaginaire, faire découvrir une personne, un groupe d’individus, susciter des émotions, propager une idéologie, promouvoir un produit, présenter un lieu, informer, et dans la plupart des cas obtenir l’approbation ou la désapprobation du spectateur envers ce qui apparaît sur l’écran.
Réduite à sa plus simple expression, la réalisation cinématographique consiste à entraîner le spectateur dans un récit visuel et sonore par un savant assemblage des images et des sons.
En "fiction", l’éventail des possibilités est quasiment illimité dans la mesure où le récit est censé naître de l’imagination des scénaristes. De même si le scénario est adapté d’une nouvelle, d’un roman ou d’une pièce de théâtre.
Dans le cinéma biographique qui envahit les écrans, le récit est balisé par les éléments connus (ou réputés connus) de la vie d’une personnalité disparue ou toujours en vie mais ces éléments ne sont que les points d’ancrage d’une construction narrative qui applique les règles de l’écriture scénaristique.
Dans le "documentaire", les limites sont fixées par l’existence réelle de ce qui est montré. Cependant, bien qu’il n’y ait ni comédien ni scène de fiction, un scénario ou un synopsis est quand même nécessaire avant le tournage. Ce document écrit permet d’organiser la production et d’en estimer le coût, mais il annonce déjà une organisation des images, des intentions de réalisation et démontre que, comme pour la fiction, le film documentaire reste une création d’auteur.
En ce qui concerne le "reportage", les images (et les sons) peuvent illustrer un événement d’actualité, être le support d’une enquête policière, juridique, administrative, immobilière, scientifique etc. Ce "film journalistique" est aussi une fenêtre ouverte sur le vaste champ des faits divers.
Mais les informations avancées sont-elles toujours fidèlement restituées ?
Il est facile de tricher avec les images et les sons…
La manipulation des images
Selon la manière de tourner les images, de les assembler au montage, de les commenter ou non, de les intégrer ou non dans un contexte, de les accompagner ou non de musique etc. la perception qu’en aura le spectateur pourra être orientée vers des approches différentes du sujet abordé. Ainsi telle image d’une personne montant un escalier ne sera pas perçue de la même façon selon que la
musique qui l’accompagne est joyeuse ou dramatique ou que seul le bruit des pas accompagne cette image. Si l’on entend OFF la voix d’un commentateur ou de la personne filmée, la perception sera encore différente. Et cela dépendra aussi de ce qui aura précédé cette image…
L’atelier
La première étape de cet atelier consistera à éclairer les élèves sur les différentes manières d’influencer la perception du spectateur par le traitement de l’image et du son dans une création audiovisuelle. Cette étape comportera des projections d’extraits de films. Les participants seront invités à réagir puis ces extraits seront commentés par les animateurs de l’atelier.
Ensuite, plusieurs essais seront tournés pour familiariser les élèves avec le maniement du matériel et le langage audiovisuel.
Les étapes suivantes amèneront les élèves à concevoir puis à réaliser de courts reportages consacrés à de faux événements avec pour mission de donner à ces événements une apparente authenticité jusqu’à la toute fin du sujet où la supercherie devra être révélée par une "chute" qui remettra en cause tout ce qui aura précédé…
Leur inspiration prendra sa source dans la vie du lycée qui sera le lieu principal des reportages avec la possibilité de mener certaines "pseudo" enquêtes en dehors des limites de l’établissement.
Un style "caméra à la main", micro tendu aux interviewés, personnes suivies dans leurs déplacements etc. sera privilégié.
Plusieurs artifices seront à la disposition des jeunes reporters occasionnels :
L’utilisation de musiques dramatisantes alternant avec d’inquiétants silences ou bruitages.
Une voix OFF "tragique" pour commenter un sujet a priori sérieux qui se révélera comique.
Un commentaire "haletant" sur les images d’un reportage très anecdotique.
Différents commentaires accompagnant successivement la même séquence d’images (comme l’avait fait brillamment Chris Marker dans Lettres de Sibérie) pour semer le doute dans l’esprit des spectateurs les plus perspicaces…
Le décalage entre les informations et la manière de les présenter dans ces "faux reportages" visera également à surprendre le spectateur par cette expérience de détournement humoristique du "fait divers lycéen".
Au-delà de l’inventivité et de la distanciation dont les lycéens devront faire preuve, cette démarche contribuera à rendre les participants puis les jeunes spectateurs, plus circonspects à l’égard des innombrables "produits audiovisuels" auxquels ils ont accès quotidiennement en attirant leur attention de manière ludique et créative sur la pratique courante et trompeuse de la désinformation.
Jean-Claude Robert
intervenant - réalisateur
Valérie Bretel
professeure d'anglais
Carnet de notes
... février 2010
Après quelques projections pour illustrer les artifices utilisés par les reporters d’actualités, nous nous sommes penchés avec les jeunes sur la construction des sujets journalistiques et sur le langage spécifique des journalistes de terrain.
Ils ont ensuite été amenés à évaluer le degré d'importance d’un "événement" qui justifie la réalisation d'un reportage dans leur lycée. Prenant également en considération l’incontournable question de la faisabilité, les jeunes ont élaboré deux scénarii.
Bien que très différents l’un de l’autre, chaque projet consiste en une enquête menée dans l’établissement par une journaliste accompagnée d’un opérateur. Dans les deux cas, il est prévu d’entraîner le spectateur dans un dédale de témoignages qui conduira jusqu’à la vérité (info ? ou intox ?) sur le prétendu événement…
Les jeunes ont orienté les sujets vers un traitement caricatural des travers de l’information… distanciation oblige ! L’attribution des rôles, de part et d’autre de la caméra, a commencé. Suivront bientôt les repérages, les répétitions et les divers préparatifs.
... Avril 2010
Les tournages ont commencé au retour des vacances de Pâques.
Les élèves se répartissent les rôles. Script, cadreur, réalisateur, souffleur, acteur, chacun trouve sa place.
Les blédards
Il s'agit d'un court-métrage mettant en scène une journaliste rattrapée par ses origines "bledardes" lors d'une confrontation...
Beaucoup de fous-rires pendant les répétitions. Les acteurs sont excellents mais il n'est pas facile pour eux de rester concentrés !
... Juin 2010
Trois projections sont prévues dans l'enceinte du lycée, notamment à l'occasion de la cérémonie de remise des prix.
... en guise de conclusion !

Au cours de cette année, l’atelier cinéma a été consacré à la désinformation. Les phases de sensibilisation, conception, écriture et de répétition ont été menées de manière encourageante pour deux projets mais suite aux désistements inopinés et répétés de trois des cinq protagonistes de l’un des projets, un seul film a pu être tourné.
Ce film intitulé ÉCHEC ET MATHS ! présente une enquête journalistique sur un événement inexpliqué survenu dans l’enceinte du lycée. Une jeune journaliste entraîne le spectateur dans une suite de témoignages qui aboutira à la vérité (info ou intox ?) sur ce mystérieux événement… Le tout sur un ton un peu décalé de tragi-comédie.
Tourné en cinq séances, ce film a mobilisé une vingtaine d’élèves, successivement scénaristes, actrices et acteurs, techniciennes et techniciens ainsi qu’une classe de primo arrivants pour des sons seuls et un authentique professeur de mathématiques.
Pour ce film d’une durée de 7 minutes, les jeunes acteurs et actrices ont simulé le reportage en direct d’une journaliste accompagnée par un seul opérateur. Cela impliquait de renoncer au découpage des interviews qui, par le biais du champ/contre-champ, aurait permis de tourner des prises plus courtes et donc plus faciles à réaliser.
Cette contrainte a nécessité de la part des jeunes interprètes une concentration très soutenue, une mémoire du texte et une précision du jeu d’acteur sans faille.
Les exigences de ce procédé ont engendré un grand nombre de prises inutilisables comme en témoignent les deux bêtisiers qui complètent le programme : MONTAGE B (où tout est raté) qui reprend la chronologie du film dans un montage de prises avortées et PÊLE--MÊLE (les prises auxquelles vous avez échappé) un florilège de franches rigolades.
Tous ces rebuts du montage illustrent les efforts de concentration de chacun pour tenir son rôle du mieux qu’il peut et témoignent de la bonne humeur générale qui règne pendant le rigoureux exercice du tournage.
L’ensemble forme un programme de 14 minutes gravé sur un DVD qui a été remis à tous les participants à l’issue d’une projection organisée au lycée Hénaff le 30 juin 2010 et qui a recueilli les suffrages des nombreux spectateurs.
Jean-Claude Robert, intervenant, réalisateur
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