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Guerre d'Espagne

A l'occasion du Festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand 2014, réécoutez l'émission radiophonique organisée par RFI - Radio France Internationale.

Ecoutez l'émission de RFI - Court d'Histoire : "L'Espagne vivra" de Henri Cartier-Bresson

Avec Tangui Perron, historien du cinéma et Georges Bollon, membre fondateur du Festival à l'initiative de Court d'Histoire et de nombreux extraits de la bande son des films.

Si l’on sait (un peu trop) que le cinéma français ne fut guère historique et politique (entre autres pour des raisons de censure), il faut néanmoins préciser que cette affirmation (a-historique) est de surcroît restrictive. « Le cinéma» ne se résume pas aux seuls longs métrages de fiction. Prendre celui-ci dans sa totalité – c’est-à-dire en y intégrant les films d’actualité, les documentaires ou « le cinéma militant » - permet en effet de nuancer fortement cette première affirmation – si ce n’est de la contredire. A ce titre, la guerre d’Espagne est un exemple patent.

 

Au sein d’une thèse définitivement inachevée mais pas forcément enterrée, nous écrivions il y a quelques années, à propos de la classique question de la représentation de la guerre d’Espagne par le cinéma du Front populaire (français), qu’en fait, pour ne pas rentrer bredouille, il fallait ausculter les films de propagande réalisés ou seulement distribués (mais souvent remontés) par les organisations du Front populaire – et non pas les longs-métrages de fiction diffusés commercialement durant cette période. Dans ce cas uniquement, la pêche pouvait se révéler particulièrement fructueuse. Nous précisions également que sur les vingt-quatre films produits ou distribués par le PCF et la CGT durant le Front populaire, alors visibles ou en voie de restauration, huit étaient entièrement consacrées à la guerre d'Espagne et onze l'évoquaient de manière fugace ou, au contraire, de manière importante

À la fin de son ultime roman, Le témoin oculaire, Ernst Weiss décrit son héros et narrateur s’arrêtant boulevard de la Madeleine à Paris pour observer une vitrine qui, par des photos agrandies et des messages lumineux, livre les dernières informations sur la situation militaire en Espagne. Une photo retient particulièrement son attention, celle d’un «pauvre enfant de quatre ou cinq ans, qui avait été écrasé par une bombe et gisait, déchiqueté, dans son sang».

Peu de temps après ce choc visuel, le narrateur s’engage dans les rangs des républicains espagnols.

 

Aux vues des films français réalisés sous le Front populaire et diffusés commercialement, un observateur lointain pourrait conclure doctement que la guerre d'Espagne n'a pas eu lieu. Sur les 350 films (environ) produits durant cette période, deux seulement se permettent une brève allusion à cet événement capital qui suscita de nombreux gestes de solidarité, divisa le Front populaire et passionna l'opinion internationale. Mais il est vrai que sur cette masse de films, 12 au maximum – souvent baptisés " Cinéma du Front populaire "...  – évoquent plus ou moins directement l'actualité politique et sociale (et près de la moitié de ces films fut réalisée par un seul homme, Jean Renoir).