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PED 2016/2017 : Ils me laissent l’exil (page--fiche_ped.tpl)

Année(s) : 2016-2017

Intervenant(s) : Laetitia Tura

Etablissement : Collège Jean Vilar - La Courneuve

Classe : classe de 3eme

présentation

Intention

L’exil est un mouvement lent et long. Souvent peu spectaculaire, il ne laisse que peu, voire pas, de traces matérielles. Dès lors, comment faire mémoire de cette fragile expérience, qui peut se prolonger dans un exil intérieur, pour l’exilé et ses descendants ?
Mémoires raturées, mémoires minorisées, empêchées. Il y a bien un problème de la mémoire en France, ou plutôt des mémoires. Celles qui sont à côté, mises dans une case, celle des diversités. Au mieux, elles sont cultivées dans les cercles familiaux ou militants. Au pire, elles tombent dans l’effacement.

Quelles traces transmettre et quelle nécessité de faire trace ? Comment prendre place, occuper l’histoire, in fine mettre en partage ?

Le projet proposé à des adolescents, élèves de 3e, s’articule autour de deux axes principaux : la production de récits de l’exil, et leur mise en partage. Ils ont 15 ou 16 ans et sont les héritiers d’un exil et/ou de l’histoire coloniale. Que savent-ils de l’histoire des générations qui les précèdent ? Que peuvent-ils formuler ? Comment prendre place, occuper l’histoire, in fine mettre en partage ? Où trouver d’autres modèles d’identification ?

Indifférence ou ignorance, ils ont a priori, peu de choses à dire. Parfois, ils brandissent une origine « intacte », plus ou moins fantasmée. Ils habitent la périphérie de la mémoire, comme ils habitent la périphérie de la ville. Obsessions de l’origine ou indifférence, n’est pas là deux aspects qui résultent d’un même processus d’effacement ?

 

Approche

Dans ce nœud de l’intime et du politique, je veux proposer à des adolescents une expérience à vivre au sein de leur collège qui crée les conditions de l’émergence de leur récit, leur réappropriation. Je m’attends à que ce qui émerge, soit plutôt du côté de la bribe. Bribes de mots, bribes de mémoire.

Le travail proposé s’appuie sur un travail photographique et sur le récit. Sur le principe de la création partagée, chaque participant réalisera au moins une affiche. Celle-­‐ci se composera de la photographie d’un objet, celle d’un portrait, et d’un récit.
Enfin, nous réaliserons également des vidéos courtes de leurs récits.

 

Parcours

En parallèle, un parcours viendra renforcer la (re)découverte des adolescents dans leurs histoires. Je pense notamment à des visites du Musée de l’histoire de l’immigration et plus particulièrement de la Galerie des dons ; et du jardin tropical (bois de Vincennes).
On proposera également aux élèves la découverte de films documentaires structurés autour de la parole d’une part ; et la présentation d’un corpus de photographie de studio d’autre part.

Mise en œuvre des ateliers

• L’objet

Personnels, quotidiens, ordinaires, les adolescents racontent un pan de l’histoire familiale ayant trait à l’exil. Ils choisissent d’abord un objet dans l’environnement familial ou ses affaires personnelles pour son caractère emblématique, peu importe qu’il soit « beau », industriel ou artisanal. La charge de l’objet vient d’ailleurs. Objet emmené, objet rescapé, ou plus tard, objet donné ou au contraire, enfoui, détruit, oublié. Il n’y a pas d’objets type, cela peut être pêle-­‐mêle une tirelire, un habit, outil du travail, papier d’identité, cartes téléphoniques, statuette etc. L’exil métamorphose l’objet. Il est porteur d’une histoire personnelle que l’on a envie de rendre publique, mettre en partage.

Ici l’objet -­‐ D’où vient-­‐il ? Qui me l’a transmis ? Pourquoi ? Où est-­‐il rangé ou installé à la maison ? -­‐ permet « un décentrement du sujet à l’objet » en tant que support transitionnel.
Il devient ainsi un possible lieu de représentation symbolique de l’exil, le lieu de l’histoire qui advient.

• Les récits

Les moments d’ateliers de paroles seront filmés.

Lors du tour de table en préambule, les adolescents sont invités, sur un mode volontaire, à présenter brièvement leur objet, les autres écoutent. A cette étape, certains feront sans doute le choix de la réserve, par pudeur, ou parce qu’ils n’ont pas encore d’objets ou totalement saisi le sens de la démarche tant ils ont intégré l’absence comme quelque chose de naturelle. L’idée de transmission -­‐ et celle d’inscription dans une histoire -­‐ ne fait pas sens.

Mais c’est bien le groupe, et la situation d’écoute dans laquelle nous sommes plongés ensemble, qui rend possible que certains puissent démarrer un chemin. Le récit personnel de l’un fait écho à l’histoire d’un autre, permet de lâcher des résistances et d’entrainer la parole d’un autre. Le groupe et la caméra, vont donner du poids et de la valeur aux mots, à l’objet, au vécu.
Le récit finalisé sera le fruit d’allers et retours entre la parole filmée et un travail d’écriture.

• Photographies

Deux directions sont proposées :

1. Les adolescents (ré)-­‐apprivoisent leur objet en le photographiant. Ils tournent autour, cherchent des cadrages. Ils font image. En filigrane, il y a l’idée que l’image peut être le lieu d’un apaisement, qui fait exister un soi, et un collectif.

2. Réalisation de portraits
Après la présentation de photos de studio (corpus sélectionné parmi des portraits réalisés dans des temps et des pays différents + exemple du Studio Rex au MNHI), on réfléchira ensemble : sur quel fond réaliser les portraits ? Neutre (studio de prise de vue) ou fond signifiant (arrière plan de la ville, du musée etc) ? Concernant la mise en scène de l’attitude, comment je veux me présenter ?

• Filmer

Le choix de filmer les séances de récit oral s’inscrit dans une volonté de constituer une mémoire filmée. Ces rushes pourront être analysés ensemble. On pourra alors questionner ensemble les choix cinématographiques qui se posent : comment monter la parole (envisagée à la fois comme matière sensible et comme signifiant, la voix, la langue, les mots, la tessiture) ? Quels cadrages et quels points de vue ? etc.

 

La restitution

Cette dernière étape fait partie intégrante du processus. Elle est la concrétisation de cette « mise en partage » qui détermine ce qui aura été déposé. Que décide-­‐t-­‐on de mettre en commun ? C’est parce qu’il y a une restitution publique que le travail prendra tout son sens.
S’il est trop tôt pour en définir les contours, on peut poser à ce stade le principe d’un exposition dans l’espace public et/ ou une médiathèque.

 

Objectifs

Le partage des mémoires 
Se (ré)approprier son propre récit.
Réaliser des prises de vue à partir de son histoire 
Créer un récit par l’association d’image de natures différentes Notions de montage : tri, sélection, extrait, maquette

vie du projet