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CGT et cinéma

Au début des années 70, essentiellement grâce à Marc Ferro et à Pierre Sorlin, s'est esquissée une nouvelle discipline historique baptisée « histoire et cinéma » alors que se développait, toujours dans le domaine de l'histoire, toute une série de « nouveaux objets » et de « nouveaux territoires » dont le cinéma devait être un des plus beaux fleurons.

Photographie tirée de Sur les routes d'acier, documentaire réalisé en 1938 par Boris Peskine.

Avouons-le tout de suite : le cinéma est entré tardivement dans le champ des préoccupations syndicales. Il est vrai que cette industrie officiellement apparue en 1895, comme la CGT, revêtit longtemps un caractère artisanal et qu'elle embaucha d'abord relativement peu de monde, sur des sites essentiellement placés en région parisienne ou dans le sud de la France. Les gros bataillons du prolétariat, attirant en priorité l'attention des syndicats, se situaient dans les mines, les transports, la métallurgie, pas dans les studios de la porte de Montreuil ou d'Epinay. Tirer la pellicule, la colorer (aux pochoirs ou dans des bains de couleur), construire et peindre des décors nécessitait certes l'existence d'un « prolétariat du film », mais cette industrie peu demandeuse de main-d'oeuvre fut du reste longtemps précaire et saisonnière. (On tournait aux beaux jours, on embauchait le temps d'un film). Et l'on connaît par ailleurs le peu d'empressement des premiers syndicats à défendre sur le long terme la main-d'oeuvre féminine, abondante dans les laboratoires et les métiers de la pellicule.

 

Un peu plus tôt, un peu plus tard, pas forcément en même temps : cela paraît un pur hasard que les naissances « officielles » de la C.G.T. et du cinéma coïncident quasi exactement. La naissance de la confédération pourrait en effet être située en 1894 (congrès de Nantes) ou en 1902 (réunification des syndicats et de la Fédération de Bourses du travail), et celle du cinéma, mais sans doute avec moins de pertinence, se situerait en 1890, 1892 ou 1894 – soit respectivement : les travaux d’Etienne-Jules Marey, ceux d’Emile Reynaud et les découvertes d’Edison. Mais il faut bien des dates pour commémorer les anniversaires. Jean-Luc Godard a raison de dire qu’en fait, l’on fête l’exploitation du cinéma, la première séance payante, et non pas l’invention de la caméra, de la pellicule, ou même du spectacle cinématographique.

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