×

PATRIMOINE

Tables rondes

Études et projections

Portraits et entretiens

Bretagne et cinéma

Films et séances

Dans une phrase paradoxale et désormais fort célèbre Deleuze remarquait que les grands cinéastes français (Grémillon, Resnais, les Straub…) étaient aussi ceux qui avaient filmé «le peuple qui manque». Environ quinze ans plus tard, dans «Libération», en 1991, Serge Daney appelait de ses voeux un cinéaste (il n'en trouvait pas) capable de filmer un «communiste pur bœuf». On le sait, le cinéma français est peu historique et politique. Cependant, à force de le dire et répéter, on risquerait de ne pas voir que depuis plusieurs années déjà, dans ce domaine également, les choses commencent à changer.

 

Image tirée de La Guerre est finie, d'Alain Resnais, 1966. 

Trente-cinq ans ont passé depuis que nous sommes partis filmer au Chili les témoignages de victimes du coup d’état qui venait de se produire. Depuis le temps, j’ai souvent accompagné des projections de Septembre chilien. Je crois que je le connais par cœur et je suis habitué aux réactions qu’il suscite. Alors que ce documentaire de 40 minutes semble avoir gardé intact son pouvoir d’émotion pour tout un public, pas seulement chilien, de gauche ou même simplement progressiste, l’occasion se présente de poser quelques questions sur la nature et le rôle d’un simple reportage. 

Avant d'étudier, pour la corporation des dockers, les origines d'une légende noire et la construction d'icônes rouges, peut-être convient-il d'évoquer un des nombreux trous noirs de l'histoire sociale contemporaine, trou noir qui commence à être comblé seulement depuis peu de temps. En France, en effet, les historiens ont tardé à s'intéresser à cette corporation et surtout à l'un de ses conflits les plus durs, les grèves de 1950, alors que celles-ci constituent un des mouvements sociaux et politiques les plus importants de la IVe  République, après la grève des mineurs de 1948 et les grèves de 1947.

 

Image tirée d'Un Homme marche dans la ville, de Marcello Pagliero, 1950. 

S'intéreser au monde ouvrier et au cinéma, même si les premières images cinématographiques montrent la foule ouvrière sortant des usines Lumières et si le cinéma eut longtemps, sur le plan national, une sorte de monopole sur les loissirs de masse, n'est pas en soi évident. Un monde en effet semble séparer les usines de Billancourt et les studios de Boulogne. 

Dans l'histoire du PCF l'automne 1947 apparaît comme une étape à la fois charnière et capitale. Il est maintenant connu que «le parti de Maurice Thorez» opéra lors de cette période un changement stratégique important, alors que durant l'été 1947 il entendait encore rester un «parti de gouvernement» comme l'affirma Thorez lui-même au congrès de Strasbourg, après l'éviction des ministres communistes [1] . Pour un parti faisant enfin - on l'y aida - le "deuil" de sa participation gouvernementale, les élections municipales d'octobre 1947 revêtaient une fonction primordiale, et ce d'autant plus que les municipalités étaient pour lui la base de son "hégémonie" dans la population ouvrière, la preuve de son efficacité, la promesse d'une utopie dont le «communisme municipal» dessinait déjà les contours.

Photographie tirée du documentaire Vitry, cité laborieuse, 1947. 

Pour ce quarantième anniversaire de 1968, (presque) chacun s’accorde sur l’importance du “Mai 68 ouvrier”, si ce n’est sur l’exceptionnalité de “l’insubordination ouvrière”. Cependant, Bernard Pudal et Jean-Noël Retière (dans Mai-Juin 68) ont pointé ce qu’ils nomment un “deficit de mémoire ouvrière”. Pour eux, la solution viendraient à penser “par cas” et par “branche”. Or, avec les films sur les grèves dans l’automobile en région parisienne, l’occasion est trop belle pour esquiver cet appel.

Sous le Front populaire (entendu dans sa "large temporalité")[1], le Parti communiste, en nombre inégalé jusque-là, produisit ou distribua des films par lui doublés et souvent remontés ( il peut alors paraître, dans de nombreux cas, comme l'auteur collectif de ces films). Une quarantaine de titres circulent ainsi dans les réseaux militants d'obédience communiste ou syndicaux, en plus des nombreux films projetés lors des soirées distractives et des films soviétiques, quantitativement bien plus important.

Majoritairement marocains, tunisiens et algériens, les ouvriers de Penarroya à Saint-Denis et à Lyon, usines affiliées au groupe Rothschild, récupéraient et faisaient fondre différents métaux dans des conditions d’hygiène et de sécurité lamentables. Suite à travail militant et syndical, les 135 ouvriers de Saint-Denis, regroupés à la CGT, se lancèrent dans une grève d’une quinzaine de jours en 1971 pour le droit au respect et une augmentation de salaire. 

Si Belle-Ile fut longtemps une terre majoritairement agricole, dure à vivre, elle est aujourd’hui, globalement, un lieu de villégiature pour une nouvelle bourgeoisie à la recherche d’un endroit libre et « authentique », aux paysages splendides. Et le lieu a effectivement été trouvé – et squatté. Cette occupation en douceur respectant – avec de fâcheuses exceptions – la préservation du littoral (pas les plateaux ni les villages) ne s’est pas faite en un jour ni récemment. Tout un mouvement artistique (de Monet à Arletty en passant par Sarah Bernhardt) a précédé cet engouement, sans oublier ceux qui durant les années 1970 ont tenté de marier, souvent sous les toiles de tentes ou sur les ponts des voiliers, bohême et utopie. Belle-Ile est depuis longtemps un chant d’amour et un mot de passe pour initiés.

 
 

Aux vues des films français réalisés sous le Front populaire et diffusés commercialement, un observateur lointain pourrait conclure doctement que la guerre d'Espagne n'a pas eu lieu. Sur les 350 films (environ) produits durant cette période, deux seulement se permettent une brève allusion à cet événement capital qui suscita de nombreux gestes de solidarité, divisa le Front populaire et passionna l'opinion internationale. Mais il est vrai que sur cette masse de films, 12 au maximum – souvent baptisés " Cinéma du Front populaire "...  – évoquent plus ou moins directement l'actualité politique et sociale (et près de la moitié de ces films fut réalisée par un seul homme, Jean Renoir). 

Pages