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PATRIMOINE

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Un peu plus tôt, un peu plus tard, pas forcément en même temps : cela paraît un pur hasard que les naissances « officielles » de la C.G.T. et du cinéma coïncident quasi exactement. La naissance de la confédération pourrait en effet être située en 1894 (congrès de Nantes) ou en 1902 (réunification des syndicats et de la Fédération de Bourses du travail), et celle du cinéma, mais sans doute avec moins de pertinence, se situerait en 1890, 1892 ou 1894 – soit respectivement : les travaux d’Etienne-Jules Marey, ceux d’Emile Reynaud et les découvertes d’Edison. Mais il faut bien des dates pour commémorer les anniversaires. Jean-Luc Godard a raison de dire qu’en fait, l’on fête l’exploitation du cinéma, la première séance payante, et non pas l’invention de la caméra, de la pellicule, ou même du spectacle cinématographique.

On ne sait pas trop pourquoi mais, à l'exception de certains lieux de villégiature et de certains centres villes, le peuple semble partout en Bretagne. Le mouvement social de 1968 avait été entre autres annoncé par d'importantes manifestations dans tout l'Ouest de la France, rassemblant réellement ouvriers et employés, étudiants et paysans. Les manifestations lycéennes et celles contre le CIP puis le CPE ont également battu des records d'affluence. Cette présence massive et discrète, qui n'a jamais eu de traduction politique unique et homogène, est peut-être due à la faiblesse des salaires (inférieurs à la moyenne nationale), au fait qu'il n'y ait jamais eu de mono-industrie ni de classe (ouvrière ou bourgeoise) totalement hégémonique. Mais foin de supputations socio-historiques. Apportons, une fois de plus, la preuve par l'image.

PARIS-BREST / SAINT-DENIS-DOUARNENEZ : LES FICTIONS DE MARIE HELIA
En présence de Marie Hélia

Document transmis par Emmanuel Bellanger

S’intéresser à l’image des ouvriers dans le cinéma français est déjà en soi une gageure. L’écrivain et scénariste Vladimir Pozner, l’historien Raymond Borde ou le cinéaste militant René Vautier [1] l’ont déjà constaté et souvent dénoncé : au cinéma, « le prolo » est resté dans l’ombre. Que dire alors du travailleur étranger ? Celui-ci, bien souvent, n’a été que l’ombre  de l'ombre à casquette. Il semble bien pourtant qu’au cours des années 30 et surtout après la guerre – coproduction et populisme aidant – se soit dessinée une figure archétypale du travailleur italien.

Dans une phrase paradoxale et désormais fort célèbre Deleuze remarquait que les grands cinéastes français (Grémillon, Resnais, les Straub…) étaient aussi ceux qui avaient filmé «le peuple qui manque». Environ quinze ans plus tard, dans «Libération», en 1991, Serge Daney appelait de ses voeux un cinéaste (il n'en trouvait pas) capable de filmer un «communiste pur bœuf». On le sait, le cinéma français est peu historique et politique. Cependant, à force de le dire et répéter, on risquerait de ne pas voir que depuis plusieurs années déjà, dans ce domaine également, les choses commencent à changer.

 

Image tirée de La Guerre est finie, d'Alain Resnais, 1966. 

Trente-cinq ans ont passé depuis que nous sommes partis filmer au Chili les témoignages de victimes du coup d’état qui venait de se produire. Depuis le temps, j’ai souvent accompagné des projections de Septembre chilien. Je crois que je le connais par cœur et je suis habitué aux réactions qu’il suscite. Alors que ce documentaire de 40 minutes semble avoir gardé intact son pouvoir d’émotion pour tout un public, pas seulement chilien, de gauche ou même simplement progressiste, l’occasion se présente de poser quelques questions sur la nature et le rôle d’un simple reportage. 

Avant d'étudier, pour la corporation des dockers, les origines d'une légende noire et la construction d'icônes rouges, peut-être convient-il d'évoquer un des nombreux trous noirs de l'histoire sociale contemporaine, trou noir qui commence à être comblé seulement depuis peu de temps. En France, en effet, les historiens ont tardé à s'intéresser à cette corporation et surtout à l'un de ses conflits les plus durs, les grèves de 1950, alors que celles-ci constituent un des mouvements sociaux et politiques les plus importants de la IVe  République, après la grève des mineurs de 1948 et les grèves de 1947.

 

Image tirée d'Un Homme marche dans la ville, de Marcello Pagliero, 1950. 

S'intéreser au monde ouvrier et au cinéma, même si les premières images cinématographiques montrent la foule ouvrière sortant des usines Lumières et si le cinéma eut longtemps, sur le plan national, une sorte de monopole sur les loissirs de masse, n'est pas en soi évident. Un monde en effet semble séparer les usines de Billancourt et les studios de Boulogne. 

Dans l'histoire du PCF l'automne 1947 apparaît comme une étape à la fois charnière et capitale. Il est maintenant connu que «le parti de Maurice Thorez» opéra lors de cette période un changement stratégique important, alors que durant l'été 1947 il entendait encore rester un «parti de gouvernement» comme l'affirma Thorez lui-même au congrès de Strasbourg, après l'éviction des ministres communistes [1] . Pour un parti faisant enfin - on l'y aida - le "deuil" de sa participation gouvernementale, les élections municipales d'octobre 1947 revêtaient une fonction primordiale, et ce d'autant plus que les municipalités étaient pour lui la base de son "hégémonie" dans la population ouvrière, la preuve de son efficacité, la promesse d'une utopie dont le «communisme municipal» dessinait déjà les contours.

Photographie tirée du documentaire Vitry, cité laborieuse, 1947. 

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