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10èmes Rencontres : Cinéma direct le réel inventé

 

 

Edito
Cinéma de la performance et du présent, aujourd'hui nous faisant croire au réel immédiat, le cinéma direct semble avoir toujours existé. Pourtant, il est aussi le grand laissé-pour-compte de la télévision qui lui préfère désormais la télé-réalité, le reportage ou le docu-fiction. Elle s'abreuve de films d'illustrations et d'émissions qui ont pour seule volonté la documentation, et tourne le dos à un cinéma absolument subjectif.

Un cinéma où le geste du cinéaste construit une mise en scène au service du plan, premier creuset de l'émotion cinématographique. Chacune à sa façon, les démarches d'Alain Cavalier et d'Avi Mograbi sont ainsi exemplaires de ce que le cinéma direct permet de meilleur : le rapport complexe au monde d'un cinéaste qui met son corps au centre du processus cinématographique.

A la fin des années 50, le son synchrone et la caméra 16mm à l'épaule révolutionnent les manières de faire et proposent une nouvelle façon de voir, d'entendre, de sentir. Mais dès son origine, le mouvement est multiple, insaisissable et se construit dans l'indépendance esthétique de chacun et le détournement - détournement des dispositifs de tournage, des modes de récit, des règles du scénario, voire de la production -. C'est ainsi que le cinéma direct s'est développé de par le monde et qu'il doit se perpétuer, tel un laboratoire d'expérimentation, un foyer d'invention.

Depuis les fondateurs Outre-Atlantique, leurs frères européens, leurs successeurs français au début des années 90 jusqu'aux mutations actuelles et les propositions de jeunes auteurs, notre programmation est pourtant loin d'être exhaustive. Elle veut simplement rappeler la valeur artistique d'un cinéma qui prend le risque du réel, un réel forcément inventé !

Catherine Bizern