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"Correspondances" - Maison d'arrêt de Fleury Merogis

Avec le soutien de la fondation La Poste et du SPIP 91

Comment faire dialoguer des mots et des images en mouvement ? Comment faire surgir un récit de la rencontre de ces deux matériaux ? Comment appréhender ce hors-champ qu’est devenu le monde extérieur ? Quelle parole, quelle voix faire résonner sur ces fragments du visible, du dehors ?

Dans un premier temps, nous avons exploré des films mettant en scène le texte et l’image, dans un dialogue intime, poétique, politique...

Nous avons discuté de ces différentes formes, de leur ressenti, de la façon dont une voix oriente notre perception pour s’éloigner du discours surplombant qui condamne l’image à un statut d’illustration et découvrir la polysémie de ces matériaux qui ouvrent la brèche d’autres imaginaires.

Ces premières séances s’achevaient par des moments d’écriture autour de l’espace, espaces de l’enfance, du voyage, de l’errance, du quotidien, du rêve...

Puisant l’inspiration dans les films, des œuvres litté- raires, des peintures, s’amusant ainsi à des tentatives de déclinaisons sur un même thème.

Tous ont manifesté un goût pour l’écriture, s’emparant des « consignes », jouant avec, les détournant, révélant ainsi leurs propres styles.

Puis nous nous sommes concentrés sur la question de ce qu’ils souhaitaient voir, des images du monde extérieur en écho à leurs textes, que je tournerai pour eux.Av

Le désir de voir s’est d’abord heurté au désir d’être au monde. Voir, voir sa famille, ses enfants, voir ce qu’il y a juste de l’autre côté des murs, « voir l’arrêt de bus que je prendrai quand je sortirai »...

J’ai proposé des images, interprété leurs textes et j’ai constaté d’abord un changement de ma propre perception ; tourner pour eux, à travers ce prisme, interrogeait profondément la question du point de vue. Le visible percutait l’enfermement, le paysage s’ouvrait et se refermait comme un iris à l’aune de cette conscience sourde. Ces images étaient simples, flottantes, rattachées à tout et à rien, un pendant ce temps ; une rivière coule, des feuilles frissonnent, un manège tourne en vain, dans une coexistence troublante des présents. Certaines de ces images leur « parlaient » tandis que d’autres étaient laissées de côté. Elles ont surtout été une impulsion, le point de départ de leurs « commandes », certaines vagues comme « la forêt, la vie nocturne, la vue d’un train... » et d’autres plus précises : « dans une gare parisienne, la foule, à partir d’un point fixe, d’un point de vue social ». Ainsi s’est mis en place un aller-retour entre leurs textes et les images que je leur apportais.

Un atelier proposé par Périphérie, centre de création cinématographique, animé par Chloé Inguenaud d’avril à juin 2019 à la Maison d’arrêt de Fleury-Mérogis.

Cet atelier s’est construit comme une correspondance entre des textes écrits par les participants et des images tournées à l’extérieur par la réalisatrice, à leur demande.

Nous remercions vivement, La maison d’arrêt de Fleury-Mérogis Le Pôle Culture de la maison d’arrêt : Claire, Adeline, Isabelle, Marion et Nelly et tous les participants de l’atelier.

Images et montage : Chloé Inguenaud

Mixage : Julien Pornet