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"Il [Joe Hill] rayonne d'une beauté lumineuse. Comme toujours chez Widerberg. Mais alors que dans "Elvira Madigan" ou "Adalen 31" la beauté risquait de divertir, de monopoliser l'attention au détriment du thème, dans "Joe Hill", elle participe d'un chant général qui est, très largement, hymne à la lumière, à la beauté de la vie quand un homme combat pour qu'elle vaille la peine d'être vécue. C'était déjà le chant profond d'"Adalen 31"; Widerberg le reprend avec plus de force, plus d'ampleur, dans cette biographie de Joe Hill, alias Joe Hillström, émigré suédois devenu militant des luttes ouvrières aux Etats-Unis. Un des meneurs du mouvement des "Industial Workers of the world". Grèves, émeutes, chansons revendicatrices (Joe Hill apparaît comme un précurseur de Joan Baez) : du pain, oui, mais l'homme ne vit pas seulement de pain, il lui faut aussi des roses. 

L'histoire de Joe Hill se déroule aux Etats-Unis (le film s'ouvre sur la découverte de la statue de la Liberté par les émigrés : le mouvement de la houle la rend bien fragilement dansante) à partir de 1902, pour se terminer en 1916, où Joe Hill, compromis dans un fait divers habilemet exploité par la police et la justice, périt exécuté. Reconstitution historique, donc - comme les précédents films de Widerberg. Mais l'armature chronologique se limite à quelques repères - quelques dates. Widerberg procède par ellipses musclées, suggérant, par deux ou trois plans, toute une époque de la vie de Joe Hill. Il galope à travers espace et temps pour soudain d'attarder - et c'est sublime - à la promenade initiatrice que Joe fait à travers New York, piloté par un gavroche; ou bien, dans un décor de forêt soleilleuse et d'herbes folles follement vertes, à la leçon qu'un vieux trimard, vétéran du bagabondage par monts et par vaux, lui donne, pour sauter en marche dans un wagon de marchandises ou pour pêcher les volailles à la ligne. 

Film généreux, chalereux, vigoureux : la beauté, éclatante, y devient le signe visible de la tendresse humaine". 

Article de Jean-Louis Bory publié dans Le Nouvel Observateur, mai 1971.