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Un chant d'amitié

Sur tous les points chauds du monde, il pointe son objectif et témoigne. L'Algérie ? Il est l'œil de Marceline Lorridan filmant la première année de l'indépendance. Le Kurdistan ? Caméra au poing, il est au côté des résistants de Barzani ; il accompagne les Palestiniens, rentrant avec eux dans leur pays qui leur est interdit ; l'Afrique ? sa "deux chevaux" l'abandonne dans les sables du Sahara, mais il ramène des images fabuleuses sur l'exploitation des mines de diamants et la surexploitation des travailleurs africains… L'Amérique du sud ? Il est l'illustrateur des luttes des combattants des maquis des Andes, il donne l'image et le son aux amis de Camillo Torres, il leur donne aussi sa santé… mais pour se prouver qu'il est toujours debout, il retourne les voir après une terrible opération dont nul ne pense qu'il ressortira indemne, juste pour retrouver là-bas, au cœur des forêts, des combattants fidèles à leur cause, et pour se prouver qu'il peut encore leur être utile en montrant qu'ils sont toujours debout… Un aventurier, Bruno ? Non, un chevalier de l'image. Amenant l'expression aux hommes et aux femmes à qui on la refuse, aux ouvriers de Citroën comme aux femmes de Saint-Nazaire, à Mohamet Zinet l'Algérien comme aux emprisonnés du Midi… Bruno Muel, c'est un grand bonhomme qui s'exprime en aidant ceux qui luttent à s'exprimer. Et ceux qui ne luttent pas ? C'est pas son rayon, il les laisse aux gâcheurs de pellicule.

René Vautier