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Yann Le Masson en son berceau
Le cinéaste nous fait remarquer que ses mains de futur étrangleur brestois sont encore minuscules
© DR Yann Le Masson.

Périphérie et l’Espace 1789 vous présentent, en deux séances, quatre films, politiques ou poétiques, consacrés ou inédits, de Yann Le Masson, formidable opérateur et militant infatigable.

Périphérie organise en collaboration avec l'Espace 1789 de Saint-Ouen une projection-débat autour de Denis Gheerbrant.

Occuper une usine près de deux ans - comme ce fut le cas avec Ideal-Standard à Aulnay-sous-Bois de d'octobre 1975 à juin 1977 - peut paraître aujourd’hui surprenant, voire impossible. Durant les années 1970 en Seine-Saint-Denis, ce type d’action n’était pourtant pas exceptionnel, comme en témoignent les conflits concomitants de Grandin à Montreuil, Triton à Bagnolet, Chaix à Saint-Ouen…

Cette seizième (rien que ça ! ) séance de « Bretagne et cinéma » organisée par le Magic Cinéma et Périphérie est sans doute une assez  copieuse séance « à l’ancienne » - et elle ne s’en cache pas et en rougit encore moins : première et seconde parties, débat avec le réalisateur (la réalisatrice pour être plus précis), le tout sous les hospices de la cinéphilie et de l’éducation populaires, avant de s’achever par un verre et un casse-croûte… Cela n’empêche pas, au contraire, la découverte (ou redécouverte) d’une rareté du patrimoine cinématographique et la mise en avant d’un récent premier film de fiction que nous avons particulièrement aimé (et pas seulement parce qu’il se situe au sein d’un territoire qui est le lieu préféré de nos balades cinématographiques).

De 2007 à 2010, en montrant à huit reprises l’exposition Bidonvilles en Seine-Saint-Denis et en projetant de très nombreuses fois, en Seine-Saint-Denis et en région parisienne, Etranges étrangers (1970) de Frédéric Variot et Marcel Trillat et … Enfants des courants d’air (1959) d’Edouard Luntz, nous nous sommes rendu compte combien l’image pouvait faire naître les témoignages et combien il était utile de faire ressurgir une parole enfouie pour connaître la réalité des bidonvilles, phénomène autrefois massif en banlieue (et réapparaissant aujourd’hui).

Avec Les Hommes debout (2010) de Jérémy Gravayat nous nous situons à la frontière d’un cinéma engagé et du cinéma expérimental. Ce documentaire, tant à partir de rushes d’un ancien film militant que de recréations fictionnelles, fait le lien entre d’anciennes mobilisations des travailleurs immigrés du groupe Penarroya et les évolutions urbaines et sociologiques d’un quartier autrefois ouvrier de la banlieue de Lyon – en posant de pertinentes questions politiques. 

Si, en décembre 1978, l’annonce de la suppression de plus de 20 000 emplois de sidérurgistes, dont 6500 rien qu’à Longwy, est perçue par les travailleurs et les populations concernées comme un véritable coup de tonnerre, celui-ci n’éclate pas dans un ciel serein. Entre août 1978 et août 1979, le chômage augment de 11% pour atteindre le chiffre inégalé de 1,735 millions de chômeurs dans toute la France. Des pans entiers de l’industrie (souvent bastion du syndicalisme) sont victimes de plans de restructurations : machine-outil et métallurgie, textile-habillement, bâtiment, Livre et imprimerie… Entre 1971 et 1975, 21 hauts-fourneaux ont déjà été supprimés ; de 1966 à 1977, la sidérurgie et ses activités annexes a déjà perdu 46 000 emplois. En 1977, la production est inférieure à celle de 1969. Alors que la France produisait en 1953 plus d’acier qu’elle n’en utilisait, elle accuse en 1977 un important déficit… 

Né en Algérie en 1946, Youcef Tatem a toujours vécu en Seine-Saint-Denis, à Noisy-le-Sec et Bobigny. Ses très diverses pratiques cinéphiliques, entamées dès le plus jeune âge, sont l’indice d’une cinéphilie populaire en banlieue, socle aujourd’hui oublié des politiques culturelles municipales. Passé d’une cinéphilie débridée à l’éducation populaire et au militantisme politique et associatif, le parcours de Youcef Tatem est celui de toute une génération qui liait émancipation culturelle, projet politique et émancipation humaine.

Deuxième (mais non pas dernière) adaptation du célèbre roman de Pierre Loti, ce film Jacques de Baroncelli possède de nombreuses qualités cinématographiques et documentaires, au-delà d’une intrigue assez convenue.

Tourné à Paimpol pour les extérieurs, Pêcheur d’Islande nous plonge dans une réalité aujourd’hui disparue : celle de la pêche du début des années 1920, ou celle d’un paysage composé de haies, de chemins, et de ports en activité. Jacques de Baroncelli glisse de surcroît dans son film de véritables extraits de bandes documentaires sur la technique de la pêche à la morue ou sur une noce en Bretagne (il s’agit de films Pathé du début des années 1900). Certains habitants se prêtèrent même au jeu de figurant - et leurs visages burinés, travaillés par la mer, tranchent avec la blancheur du teint de l’actrice parisienne (Sandra Milowanof).

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