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PATRIMOINE

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Article aparu à L'Huma Dimanche, semaine du 14 au 19 mai 2009 (n°161)

Certes, il est souvent absurde de débiter une vie en tranches mais, pas seulement parce que l’historien aime les périodisations, on ne peut nier que les parcours sociaux, professionnels et politiques renvoient, surtout à l’échelle d’une vie, à des périodes distinctes ou des temps différents qui sont aussi l’écho d’une époque donnée. Il en est ainsi de Marcel Trillat, fils de paysans, journaliste, réalisateur et ancien communiste (ou toujours communiste, on le verra par la suite).

 

Marcel TrillatPhoto de David Metra

Photographies de la soirée du 6 mars 2009 au Ciné 104 de Pantin.

HISTOIRE D'UN FILM, MEMOIRE D'UNE LUTTE #2
Un livre de Tangui Perron
Un film de Marcel Trillat et Frédéric Variot

Un peu plus tôt, un peu plus tard, pas forcément en même temps : cela paraît un pur hasard que les naissances « officielles » de la C.G.T. et du cinéma coïncident quasi exactement. La naissance de la confédération pourrait en effet être située en 1894 (congrès de Nantes) ou en 1902 (réunification des syndicats et de la Fédération de Bourses du travail), et celle du cinéma, mais sans doute avec moins de pertinence, se situerait en 1890, 1892 ou 1894 – soit respectivement : les travaux d’Etienne-Jules Marey, ceux d’Emile Reynaud et les découvertes d’Edison. Mais il faut bien des dates pour commémorer les anniversaires. Jean-Luc Godard a raison de dire qu’en fait, l’on fête l’exploitation du cinéma, la première séance payante, et non pas l’invention de la caméra, de la pellicule, ou même du spectacle cinématographique.

On ne sait pas trop pourquoi mais, à l'exception de certains lieux de villégiature et de certains centres villes, le peuple semble partout en Bretagne. Le mouvement social de 1968 avait été entre autres annoncé par d'importantes manifestations dans tout l'Ouest de la France, rassemblant réellement ouvriers et employés, étudiants et paysans. Les manifestations lycéennes et celles contre le CIP puis le CPE ont également battu des records d'affluence. Cette présence massive et discrète, qui n'a jamais eu de traduction politique unique et homogène, est peut-être due à la faiblesse des salaires (inférieurs à la moyenne nationale), au fait qu'il n'y ait jamais eu de mono-industrie ni de classe (ouvrière ou bourgeoise) totalement hégémonique. Mais foin de supputations socio-historiques. Apportons, une fois de plus, la preuve par l'image.

Document transmis par Emmanuel Bellanger

S’intéresser à l’image des ouvriers dans le cinéma français est déjà en soi une gageure. L’écrivain et scénariste Vladimir Pozner, l’historien Raymond Borde ou le cinéaste militant René Vautier [1] l’ont déjà constaté et souvent dénoncé : au cinéma, « le prolo » est resté dans l’ombre. Que dire alors du travailleur étranger ? Celui-ci, bien souvent, n’a été que l’ombre de l'ombre à casquette. Il semble bien pourtant qu’au cours des années 30 et surtout après la guerre – coproduction et populisme aidant – se soit dessinée une figure archétypale du travailleur italien.

Dans une phrase paradoxale et désormais fort célèbre Deleuze remarquait que les grands cinéastes français (Grémillon, Resnais, les Straub…) étaient aussi ceux qui avaient filmé «le peuple qui manque». Environ quinze ans plus tard, dans «Libération», en 1991, Serge Daney appelait de ses voeux un cinéaste (il n'en trouvait pas) capable de filmer un «communiste pur bœuf». On le sait, le cinéma français est peu historique et politique. Cependant, à force de le dire et répéter, on risquerait de ne pas voir que depuis plusieurs années déjà, dans ce domaine également, les choses commencent à changer.

 

Image tirée de La Guerre est finie, d'Alain Resnais, 1966. 

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